Vivre intégralement

Chaque année, nous vivons un rituel de passage.

Nous nous embrassons et nous disons des mots positifs et attentionnés.

« Je vous souhaite une bonne et heureuse année. »

Une belle et douce année, remplie de bonheur, de joie et de rêves réalisés.

Si nous partions du principe que nous sommes dans un monde régi par la dualité, cela voudrait dire que je vous souhaite une année où tout serait beau, agréable et joyeux.

Et où rien ne serait ni laid, ni pénible, ni triste.

« Que du bonheur ! » m’a dit dernièrement un de mes très chers amis.

QUE du bonheur ? Vraiment ?

Certaines idéologies politiques extrêmes portent la croyance d’un monde qui serait meilleur s’il était libéré d’une certaine catégorie de personnes ou de façons de vivre.

A ceux qui ne partagent pas cette idéologie, cela semble injuste.

Et provoque de la colère.

D’ailleurs, nous en avons fait l’expérience dernièrement en France.

Si nous nous réunissions lors d’une soirée amicale autour d’un verre, la plupart d’entre nous serait sans doute d’accord pour dire que lorsque quelqu’un veut éradiquer ce qui lui semble mauvais, cela ne provoque que conflit et angoisse.

Et pourtant…

Chaque mois de janvier, nous nous souhaitons, tous et mutuellement, une année sans malheur.

Sans maladie.

Sans tristesse.

Sans douleur.

Sans colère.

Une année sans pluie pendant les vacances, et sans araignée dans le coin du plafond.

Que se passe-t-il à l’intérieur ?

Pour ce qui est de notre intériorité, ne voudrions-nous pas toujours éprouver de la joie ?

Toujours éprouver de la paix et de l’amour ?

Et surtout jamais de peur.

Ni de doute.

Encore moins de la haine, car cela nous ferait culpabiliser.

Certains d’entre vous l’ont expérimenté : jouer une musique qui ne contient que des intervalles stables et des harmonies heureuses, est ennuyeux et déséquilibré.

Ce n’est que lorsqu’il y a de la tension et une certaine prise de risque, que la musique devient riche et éveille l’attention de l’auditeur.

Car la tension donne une raison d’être à la stabilité, et inversement.

C’est la tension qui crée l’attention.

Alors pourquoi cette tendance à vouloir nous édulcorer nous-même ?

Pourquoi chercher à éviter tout ce que nous semble mauvais et laid en nous ?

Pourquoi n’acceptons-nous pas de vivre pleinement toutes nos émotions, y compris celles qui nous rendent inconfortable et nous font peur ?

N’est-ce pas là la première atteinte à la liberté d’expression ?

Parfois je suis empli d’une grande tristesse quand je pense à ce monde qui semble s’embraser.

J’aimerais tellement qu’il s’embrasse, plutôt.

Alors je nous souhaite une année pleine et entière.

Une année, où, à chaque fois que nous nous regarderons dans un miroir, nous nous accepterons dans notre intégralité.

Une année où, rendant hommage à Daniel Balavoine, qui chantait « Aimer est plus fort que d’être aimé », nous aurons l’audace de nous laisser aimer par l’être qui nous est le plus cher et le plus proche : nous-même.

Que votre vie soit remplie de moments d’amour infini.