L’ éveil musical pour tous et par toutes les musiques

henri joel rio

Henri-Joël Rio

Henri-Joël Rio est musicien, bassiste et musicien intervenant. Il intervient en éveil musical dans de nombreuses structures, telles que des crèches, des écoles, des centres d’animation et même des hôpitaux. J’ai eu l’occasion de travailler avec lui sur plusieurs projets artistiques, en accompagnement d’artistes et en illustration sonore.

Nos routes se sont de nouveau croisées dernièrement, cela a été l’occasion de parler musique, évidemment, mais aussi d’éveil musical.

Dans cette interview, Henri-Joël Rio nous parle de l’éveil musical pour tous et par toutes les musiques, de la musique classique aux musique actuelles.

 

 

 

En quoi consiste un atelier d’ éveil musical pour le jeune enfant ?

L’apprentissage chez le jeune enfant est global : sensoriel, psychomoteur, intellectuel, le tout à la fois. Pour lui, chaque instant est une source d’épanouissement, une nouvelle découverte. Encore faut-il nourrir cette jeune pousse, la stimuler, lui proposer un environnement sécurisant l’invitant à se développer, à expérimenter, à s’exprimer.

Dans le cadre d’un atelier d’ éveil musical, l’enfant s’imprègne du monde sonore. Il se découvre simultanément en tant qu’individu au sein du groupe : lui et son monde intérieur, lui face aux autres, lui avec les autres.

L’ éveil musical du jeune enfant passe par de longues phases d’expérimentations. Les ateliers visent à développer chez lui ses capacités cognitives, psychomotrices, émotionnelles et créatives. Ils permettent de transmettre un langage, un socle de références culturelles, de construire un répertoire commun, et bien entendu de lui faire découvrir les différentes manières de produire un son.

Un atelier d’ éveil musical contribue à l’éducation musicale et artistique de l’enfant. Il contribue surtout  à son développement global, à son bien-être, en lui permettant d’explorer un tout nouveau mode d’expression non verbale.

L’ éveil musical est-il réservé aux enfants ?

A mon sens, l’ éveil musical ne se limite pas aux jeunes enfants. La pédagogie de l’ éveil est adaptée à tous les non-musiciens souhaitant découvrir le plaisir musical sans passer par l’apprentissage d’un instrument.

L’ éveil est la phase de découverte. Il n’y a pas d’âge pour découvrir.

La plupart des « principes de jeux » sont adaptables du bébé à l’adulte. En réalité, on peut proposer diverses formes d’ateliers musicaux, dérivées de la pédagogie de l’éveil pour tous les publics. Un atelier d’ éveil musical réussi est un instant créatif qui fait du bien à tous ceux qui y participent. C’est d’ailleurs l’un des objectifs reconnus des séances parents-enfants, ou des ateliers percussions en entreprise.

Que signifie un éveil musical par les musiques actuelles ?

Un éveil musical par les musiques actuelles doit permettre une découverte du répertoire, mais aussi la manipulation et l’initiation aux instruments rencontrés dans ces diverses esthétiques.

Dans un atelier d’éveil musical, la chanson est souvent un support, une matière à travailler. C’est en fait un prétexte pour aborder la musique au sens large. L’univers des musiques actuelles est extrêmement riche. Il représente une porte d’entrée de choix vers la musique, au même titre que les œuvres des siècles passés.

Un véritable éveil musical par les musiques actuelles ne doit pas se contenter de revisiter le répertoire avec de vieux outils pédagogiques. L’intervenant doit repenser ses objectifs au regard des compétences spécifiquement nécessaires aux musiciens « actuels ». La capacité à improviser dans un ensemble musical, par exemple.

En éveil musical, doit-on enseigner la rigueur, nécessaire à tout art, ou dorénavant inviter à l’expression débridée sans tenir compte des règles héritées du passé ?

La rigueur ne s’oppose pas à la liberté. L’éveil est global et l’enfant, ayant peu de références, aborde tous les répertoires avec le même étonnement. Pour lui, les musiques actuelles appartiennent au patrimoine, tout autant que Mozart et « Il était un petit navire ».

L’idée même d’un « éveil musical par les musiques actuelles » invite à découper la musique en catégories, à enfermer les disciplines dans des champs de compétences définis.

Il est préférable d’établir des passerelles : ne pas former un musicien d’orchestre sans jamais lui parler d’improvisation, et inversement ne pas former un rockeur sans jamais lui présenter une partition.

Il me semble pertinent de former un musicien complet, interprète et créateur. Envisager l’éveil musical comme un éveil au monde sonore au sens le plus large. Il s’agit d’apprendre à prendre plaisir, à écouter, à qualifier, à savourer. Qu’est-ce qui fait d’un bruit particulier un son musical chargé émotionnellement ? Apprendre, par l’éveil musical, à exprimer la beauté, la tendresse, la peur ou même la colère et la fureur.

Toutes les musiques sont les bienvenues pour illustrer l’infinie variété de nos sentiments. L’objectif est de former des musiciens heureux, des amateurs au sens premier du terme, bien avant de penser à former les virtuoses de demain.

Peut on chanter le Blues à l’école ?

Evidemment. Je propose depuis longtemps un projet autour de l’esclavage et du blues aux CM1-CM2 et cela ne pose pas de problème aux enseignants, bien au contraire.

La reconnaissance des musiques actuelles comme appartenant ou non à la « culture digne d’intérêt »  n’est pas tant le problème du pédagogue face à l’élève que celui des politiques culturelles, et conséquemment celui des structures du secteur qui agissent au quotidien et dépendent des budgets concernés.

Tu as parlé d’éveil musical pour les jeunes enfants et pour les adultes. Et les ados ?

Je dois reconnaître que les choses ont bougé en deux décennies. La musique est omniprésente chez les ados. Il y a un réel attrait des jeunes pour la musique.

Il me semble impératif que les responsables culturels répondent plus encore à l’engouement des jeunes pour les musiques actuelles, et adaptent les équipements mis à disposition à ces nouvelles pratiques. Sans quoi les jeunes risqueraient de ne plus se reconnaître dans la définition de la culture proposée par les institutions. Ils risqueraient de se désintéresser de toutes pratique artistique, et finalement de ne plus voir en la musique (et l’art en général) qu’un simple produit de consommation.

Tu es attaché à l’ éveil musical pour tous et par toutes les musiques. N’y a-t-il pas d’autres priorités à gérer pour les institutions et les gouvernements ?

Un désamour collectif pour les pratiques artistiques serait révélateur d’une forme de désespérance face à l’avenir, un renoncement à notre capacité de création, de subversion et à notre liberté d’expression individuelle.

En ces temps troublés, il m’apparaît clair que l’art peut, sur le terrain symbolique, contribuer à combattre l’obscurantisme idéologique ambiant, et la pensée unique dictée par l’industrie musicale dominante.

source photo : arteide

source photo : arteide

Il n’a jamais été aussi important pour les artistes d’apporter leurs regards décalés dans le cadre de projets scolaires, de se retrouver face aux élèves, et de pouvoir leur permettre de mettre en sons, en images, en mots et en mouvements leurs inquiétudes et leurs désirs.

Qu’en est il actuellement ?

Depuis une vingtaine d’années de nombreux projets ont été financés et reconduits, de nouveaux équipements dédiés aux musiques actuelles sortent de terre, des dispositifs d’accompagnement pour les jeunes groupes voient le jour, des lieux de diffusion et d’enseignement sont soutenus au niveau local, régional et national, et de nombreux artistes s’engagent dans l’action culturelle.

Les mentalités évoluent, les pratiques s’installent, les acteurs se fédèrent, les politiques suivent.

Et l’histoire continue…

Retrouvez les projets musicaux d’ Henri-Joël Rio :

AMIGROCHA – Jazz Soul Funk 70’s

All That Jazz – Collectif et actions pédagogiques