« Etre artiste c’est toujours un Plan B »

« Etre artiste c’est toujours un plan B », a dit Christine Angot.

Le 17 février dernier, Grand Corps Malade était l’invité de l’émission On n’est pas couché, pour son nouvel album, « Plan B ».

Lors de cette émission, l’écrivain et chroniqueuse Christine Angot est intervenu en ces termes :

« Etre artiste, c’est toujours un plan B. Devenir artiste c’est toujours ne pas avoir pu faire ce qu’on pensait faire quand on était petit, avocat par exemple, instituteur, ou médecin, travailler dans une entreprise ou peu importe. C’est toujours le résultat, au fond, d’un échec, de devenir artiste, en fait. »

Ce qui m’a particulièrement frappé, c’est le nombre important de réactions de colère qu’a suscité l’expression « Etre artiste c’est toujours un plan B ».

Une pétition a été immédiatement lancée, pour demander des excuses à Christine Angot, et l’on peut voir des dizaines de vidéos d’artistes lui répondant, jugeant ses dires insultants.

Un de mes amis, à qui je parlais de cela, m’a entonné la chanson « La vérité », de Guy Béart.

« Le premier qui dit la vérité, il doit être exécuté. »

Alors je me suis dit que si l’intervention de Christine Angot, « Etre artiste c’est toujours un Plan B », avait suscité ces nombreuses réactions, c’est que, peut-être, il y avait une part de vérité dans ce qu’elle disait ?

Et si l’art n’était, en fait, que le reflet d’un besoin de reconnaissance non satisfait ?

Mais l’art profond, l’art viscéral, est peut-être, effectivement, la conséquence des échecs cumulés.

L’art qui dévoile et qui exprime le vrai, dans sa plus pure expression.

L’art pur, l’art nu, semble être la conséquence d’une vie, et non la cause.

La fin, dans tout les sens du terme, c’est-à-dire d’une part le but, d’autre part l’ultime aboutissement.

"Etre artiste c'est toujours un plan B"

Photo © Haomin/

Certains artistes décident que ce sera leur métier. D’autres le deviennent malgré eux.

Christine Angot le dit dans la suite de l’émission : « Il y en a qui en rêvent et qui ne le deviennent pas. Ceux qui le deviennent, souvent, ne l’ont pas rêvé ».

Cela me fait penser à ce que Renaud écrit dans son autobiographie, à propos de sa chanson Mistral Gagnant :

« Les mots et les notes viennent sans peine, comme si la main de Dieu me guidait (moi qui ne suis même pas certain que Dieu existe vraiment, mais alors qui me soufflerait à l’oreille tout ça s’il n’existait pas ?) »

L’art utilisé comme un moyen d’assouvir un besoin de reconnaissance, et devenu, au paroxysme de cette idée, une denrée commerciale, a éloigné l’ homme de son état naturel d’artiste créateur.

Compositeurs, auteurs, metteurs en scène, écrivains, quand a-t-on créé pour la dernière fois sans aucune arrière pensée ?

Sans se demander si l’oeuvre artistique serait reçue « comme il se doit », ou rapportera de quoi se nourrir ?

Sans scruter avec angoisse le nombre de vues des vidéos sur Youtube, et en faire un statut Facebook quand le chiffre semble satisfaisant ?

Faire de l’art son métier est difficile. Cela demande de l’engagement, du dévouement et de la régularité. Certes.

Mais cette difficulté n’est-elle pas, en fait, un plafond de verre ?

Une espèce de plafond en forme de ciel, récupéré par l’égo pour se sentir admirable, et utile à quelque chose ?

Et si l’homme, en s’auto-proclamant artiste, devenait de fait condamné à se heurter contre ce plafond, s’empêchant de voir qu’il ne s’agit en fait que de nuages ?

Que se passerait-il si, à force d’échouer à « percer » ce plafond, à force d’échouer à « réussir », l’artiste s’ abandonnait suffisamment pour s’autoriser à créer, simplement, sans autre intention que de donner ?

Il n’aurait peut-être simplement plus besoin de pétition.

L’art véritable ne se révèlera-t-il pas le jour où l’on ne cherchera plus à être un autre artiste que l’artiste de sa vie ?

Un jour, l’ homme aura tellement échoué que la porte de l’art intrinsèque s’ouvrira devant ses yeux ébahis.

En chemin vers l’humilité créatrice.

Certains artistes s’accrochent à l’ illusion du « moi je suis différent ».

Et plus c’est difficile, plus ils « galèrent », plus ils croient mériter la reconnaissante et la réussite.

« Les gens reprochent à Christine Angot d’avoir dit « Etre artiste c’est toujours un plan B ». Mais c’est peut-être parce qu’ils ont du plaisir en amateur à se représenter comme glorieuse l’existence de l’artiste incompris. » Raphaël Enthoven

Alors pourquoi ne pas tendre vers l’humilité ?

Je ne parle pas de l’humilité sortie d’un quelconque dogme religieux.

Ni d’un renoncement, déguisé par l’ego en « moi je suis différent des autres artistes, je suis humble ».

Je pense à une humilité simple et confiante.

Une humilité tranquille, dépassant même la notion d’échec et de réussite, de gain et de perte.

L’humilité sereine, qui permet à l’artiste d’être beaucoup plus que son ambition personnelle.

Qui permet à l’artiste d’être un Homme, au service des autres Hommes.

C’est peut-être ça, aussi, que voulait exprimer Christine Angot en disant « Etre artiste c’est toujours un plan B » ?

« Les chansons sont plus belles que ceux qui les chantent » – Jean-Jacques Goldman